Hôpital gynéco de Yaoundé : Les confidences d’une séquestrée

0
584

Catherine Nadine Biloa Nkodo

De la chirurgie à la prison

Ayant réussi à s’échapper, elle a été ramenée de force à l’hôpital où elle est séquestrée depuis le 3 mars.

Par Guy Martial Tchinda

Catherine Nadine Biloa Nkodo se porte mieux aujourd’hui, bien que ses blessures n’aient pas complètement cicatrisé. Elle est d’ailleurs satisfaite de l’Hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (Hgopy) grâce auquel elle a eu la vie sauve. Malheureusement, elle fait partie des patients qui, à ce jour, n’ont pas encore réglé entièrement leur dette vis-à-vis de cette formation sanitaire. Toute chose qui la prive de liberté.

La dame de 38 ans garde les bribes de souvenirs des circonstances dans lesquelles elle a été transportée à l’hôpital, mais ne peut les évoquer sans écraser une larme. « J’étais enceinte de sept mois lorsque j’ai contracté le paludisme. Je me suis évanouie et à mon réveil j’étais déjà ici à l’hôpital, plus précisément à la maternité. C’est alors qu’on m’informe que l’enfant que je porte ne vit plus et qu’il faut m’opérer. J’ai été conduite au bloc opératoire et après l’opération, on m’a ramenée à la maternité », se souvient-elle.

Jusque-là, aucune facture n’est payée. « Avec mes petites économies qui faisaient 65 000 Fcfa, je me suis rapprochée du personnel qui m’a demandé de payer d’abord les médicaments qu’on m’avait administrés. Chose que j’ai faite. Mais il manquait 41 300 Fcfa que je n’avais pas. Plus je passe du temps ici, plus la facture s’alourdit, puisque la nuitée sur le lit coûte 6000 Fcfa. A ce jour, je ne sais même pas exactement à combien s’élève ma facture ; mes médicaments sont finis et je n’ai rien pour m’en procurer. Je me retrouve donc bloquée ici. Personne pour m’aider », raconte-elle, éplorée.

Ayant appris que son enfant était aussi malade et cloîtré à la maison sans soutien, la dame qui séjourne à Hgopy depuis le 3 mars réussit à s’extirper de l’hôpital le 12 mars, mais sera ramenée manu militari le lendemain. « Je sortais pour apporter du réconfort à mon enfant, mais aussi pour rencontrer l’homme qui m’avait engrossée pour lui demander comment je fais puisque depuis que je suis internée, il n’est jamais venu me voir. Le personnel de l’hôpital a donc pris des informations dans mon carnet et a envoyé des gens me chercher au quartier. Je suis partie d’ici vendredi autour de 20h et ils sont venus me chercher samedi. Nous sommes six dans cette salle qui sommes dans la même situation », explique Catherine Nadine Biloa Nkodo. Non sans dire qu’elle est traumatisée. « Je pense beaucoup à mes enfants qui sont abandonnés à eux-mêmes. J’en ai quatre et ils ont respectivement 13 ans, 10 ans, huit ans et six ans. Aucun d’eux ne va plus à l’école. Je n’ai aucun soutien », conclut-elle, la mine déconfite.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici